Cyclone Irma

Saint-Martin

Le 6 septembre 2017, le cyclone de catégorie 5 Irma passe pile-poil sur notre petite île. Des vents de 360 km/h (vous avez bien lu !) ravagent notre petit paradis et ne nous laissent que tristesse et désolation.

Abasourdis par une nuit en enfer, le soleil revient, chaud et rassurant, nous prouvant qu'il y a un "jour d'après", que tout n'est pas fini.

je pense à mon fils Elliot qui, lui, a passé la nuit avec la famille de sa chérie à Oyster Pond.

Au fond de moi, je sais qu'il va bien, c'est un warrior, il a l'instinct de survie. Inutile de dire que le téléphone ne fonctionne plus, les relais GSM ont disparus.

Je crève d'envie d'aller le voir mais c'est pas la porte à côté et il est impossible de s'y rendre car il n'y a plus de route.

J'irai dès que possible, quand le bouche-à-oreille me dira qu'il est possible d'y aller.

Dans notre petite zone industrielle, les docks se sont effondrés ou se sont envolés. Au milieu de tout ça notre petite imprimerie a tenue le coup, même si elle est défigurée et trouée de toute part par les projectiles. Des tôles géantes et tordues nous offrent un spectacle surréaliste.

Vers 10h du matin,  je pars à pied avec mon Nikon depuis l'imprimerie de la Savane, dans laquelle nous avons passé la nuit, en direction de Grand Case pour découvrir l'étendue des dégâts. La dévastation est totale, je ne reconnais plus rien et ne sais même plus à quel niveau de la route je me trouve.

Les voitures sont sur le toit, les maisons sont dévastées. Des gens hagards marchent ou pleurent le long de la route. La totalité des arbres n'ont plus de têtes ou sont à terre, un épais tapis de détritus, planches, canapés, machines à laver, ordinateurs et vêtements jonchent le sol. On ne peut se déplacer qu'à pieds, la route est impraticable et les secours ne sont pas prêts d'arriver. Je continue de marcher et je me dirige vers Cul-de-Sac et Orient Bay. Même décor, il ne reste plus grand chose. Cul-de-Sac est particulièrement touché.

L'immeuble dans lequel j'habitais (je suis en train de réaliser que je n'ai plus de chez moi) n'a plus de toît, certains appartements ont carrément été soufflés. J'ouvre la porte du mien et constate qu'il est dans le même état que le reste de l'île. La baie vitrée a explosé, les portes ont été arrachées des murs, le sol est couvert d'eau et de morceaux de verre.

 

J'ai bien fait d'avoir anticipé et tassé la totalité de nos affaires personnelles dans la chambre de notre fille. Tout est là, saturé d'humidité mais nous n'avons rien perdu.

Direction la Baie Orientale. Même décor sauf qu'ici certains toits ont tenus. Le petit Casino n'est plus, les restaurants ont disparus.

La route principale est couverte de branches, de voitures détruites et de containers qui sont arrivés d'on ne sait où.

Je croise des amis, on se demande si tout le monde est vivant, qui a croisé qui, pour savoir si il n'y a pas de victimes dans nos connaissances. Personne n'a envie de parler, les yeux dans le vide on regarde ce spectacle d'après guerre avec stupéfaction et désarrois. Debout près d'une maison je vois un trait marron sur le mur, je m'approche, regarde de plus prêt et là je me rends compte que ce trait de terre indique jusqu'où l'eau de la mer est montée. Il est au niveau des mes yeux et je fais 1,83 m.

Je me dirige vers la plage, c'est ici que je passais tout mon temps libre, des journées entières à me baigner avec mes amis, le midi à manger aux carbets dans des petits restaus donnant sur la plage. Il y avait aussi le Kakao Beach bar et sa magnifique cocoteraie où j'ai fais les photos d'un mariage.

Il n'y a plus RIEN. Plus de carbets, plus de Kakao, tout est rasé. Il ne subsiste que quelques dalles en béton qui permettent à peine de se repérer. Retour au point de départ. C'est le Jurassique. La nature a tout repris et n'a absolument rien laissé.

Je pense particulièrement à Nathalie, Luc et Florence qui ont perdu leurs restaurants qui venaient juste d'être refaits : l'Aloha, Orange Fever et le First. Je me rappelle de toutes ces soirées de fêtes, de rigolades et de moments magiques...

Je ne tarde plus et retourne dans mon imprimerie car maintenant il faut trouver de l'eau et à manger.

Deux jours plus tard mon fiston nous rejoint à l'imprimerie avec sa copine Gaëlle accompagnée de toute sa famille, de 3 chats et 3 chiens.

Ils n'ont plus de maison. Ils vont physiquement bien. Joie et pleurs, tant de bonheur de se retrouver.

Merci à la gendarmerie d'Oyster Pond de les avoir accueilli durant la nuit du cyclone.

Maintenant nous vivons un mix entre Koh Lanta et The Walking Dead. On passe nos journées à soulever des tôles pour trouver des bouteilles d'eau et ramasser des choses qui se mangent. Le soir, munis de clubs de golf et autres machettes, nous dormons tour à tour pour éviter que des pillards nous braquent le peu de choses que nous possédons.

La survie commence pour de vrai, mais c'est une autre histoire.

10 jours plus tard un Airbus A 440 M de l'armée est venu nous chercher. Au revoir Saint-Martin​.

Voici quelques photos que j'ai fait pu faire et qui témoignent de la violence de ce cyclone désormais classé comme le plus fort et le plus dévastateur de la Caraïbe.

Elliot, Maya et Samy

Un clic sur une photo permet de la voir en grand et ensuite de passer aux autres avec les flêches.

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